Brigitte Guilbau - auteure- agitatrice de neurones.

Brigitte Guilbau - auteure- agitatrice de neurones.

A1- Savoir où on veut aller, c'est très bien; encore faut-il montrer qu'on y va...

photo La Libre.jpg
C'est cette pensée de Emile Zola que j'ai appliquée.

Je décide d'ajouter cet article car finalement, mon engagement humaniste est en corrélation directe avec mes livres.

J'écris les doutes, les chagrins, les désespoirs, les dilemmes; ceux qui finalement font de nous des êtres humains.

Ce serait un non-sens de ne pas y être engagée et comme dit la chanson "avant de prendre la parole, il faut aller là-bas...car c'est encore plus facile de ne parler de rien".

C'est au retour d'un voyage en Pologne avec mes étudiants que l'idée m'est venue d'établir un projet d'éducation à la citoyenneté active. Une véritable pédagogie de la citoyenneté s'avère indispensable dans notre société. Les nombreux mouvements que nous voyons autour de nous en sont la preuve, car nous vivons une situation "de l'urgence". Nous voulons que nos jeunes soient citoyens, responsables, matures, porteurs d'espoir et pourquoi pas, pour certains, rédempteurs de nos fautes passées.

C'est un lourd fardeau que nous n'aurions pas voulu porter non plus.

Nous vivons dans une société hétérogène où peu de personnes apprennent à se connaître pour avoir une chance de s'apprécier. Et l'école reproduit ce schéma. C'est ainsi que j'ai pu remarquer qu'au sein d'un même bâtiment, les étudiants ne se connaissent pas et reproduisent les mêmes erreurs que la société qui est au-dehors et qui sont l'indifférence, le mépris et les jugements arbitraires. Et pourtant nous savons que cette attitude génère la violence. Quelle que soit leur origine ethnique, sociale, philosophique, quel que soit leur parcours scolaire, leur bagage affectif et leurs repères moraux, tous les jeunes sont un jour déstructurés par l'incohérence et d'adversité.

Notre rôle de pédagogue n'est pas de jouer au père vengeur ou moralisateur qui ennuie les jeunes. Notre rôle n'est pas de traumatiser mais bien d'aider à aborder une situation "vulnéraire", une situation d'Homme dans un monde d'Hommes.

La démocratie, cela s'apprend, cela se vit.

Au retour d'un voyage en 1995, voyage organisé par ma ville qui emmenait 1000 jeunes visiter les camps d'Auschwitz et Birkenau, mes étudiants sont venus me voir en me demandant de ne pas en rester là, de ne pas les abandonner sur le quai de la gare avec toutes ces interrogations en eux. C'est comme ça qu'est née en novembre 1995, vers 4 heures du matin, dans un train entre Cracovie et Namur, l'association "Solidarité Démocratie" de l'institut technique Henri Maus.

Cette association apolitique et non-confessionnelle, accueille des volontaires de tous âges, de toutes sections et de toutes convictions philosophiques. Ainsi, tous ensemble, avec nos compétences personnelles et scolaires, nous retroussons nos manches pour un projet commun par année. Pas difficile alors, de se rendre compte que la transpiration n'a pas de couleur et que les cloques aux mains font mal à tout le monde ! Parce que l'enthousiasme ça se communique...

Tous les deux ans, nous retournons visiter les camps de Pologne car ils sont le symbole muet et universel de ce que l'Homme a de négatif. C'est aussi savoir prendre un engagement vis-à-vis de sa propre vie et ses propres valeurs. C'est se placer en homme qui tire un enseignement. pour dire que si cela s'est passé là-bas hier, cela se passe aujourd'hui ailleurs et pourrait se passer chez nous demain. Ce n'est pas non plus aller juger vainement les autres, mais bien se positionner soi-même. En alternance, nous avons mis sur pied un projet de type nord-sud afin d'aller aider à la construction ou la reconstruction d'écoles en Afrique. Parce que réfléchir au sens du passé c'est aussi et peut-être avant tout réfléchir aussi au sens du présent.

Parce que l'enseignant est un passeur d'une rive à l'autre.

Parce que celui qui s'assied sur ses certitudes est fichu et, quoiqu'on en dise, l'immobile n'est pas heureux.

Parce que ce n'est pas dans n'importe quelle retraite que nous nous découvrons, c'est sur la route, au milieu des autres. Il existe des petites gens comme nous qui pensent et penseront que former un Homme c'est l'enrichir sans l'endoctriner, l'armer sans l'enrôler, lui communiquer une force en expliquant la faiblesse, le séduire au vrai pour l'amener à sa propre vérité, lui donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire obséquieux qu'est la ressemblance.

Depuis 1995: -organisations de voyages pour plus de 500 jeunes, travail en collaboration avec la Banque Alimentaire, réalisation de mobilier pour l'asbl Autrement qui accueille des enfants placés sous tutelle judiciaire, aide à la reconstruction d'une école au Sénégal, remise en état de conduites d'eau dans le désert saharien...

Reconnue par mes pairs, j'ai eu le prix de la citoyenneté décerné par Démocratie ou Barbarie (pour le court-métrage "J'avais 20 ans en 95"), le prix de la Fondation Reine Paola pour l'enseignement, le prix Condorcet-Aron, j'ai été reconnue Namuroise de l'Année et Enseignant Entreprenant par la Fondation Free.

Et je continue à dire que savoir où on veut aller, c'est très bien; encore faut-il montrer qu'on y va...



11/09/2010
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